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Affaire Karachi : comment expliquer les différences de traitement médiatique ?

le Vendredi 23 Septembre 2011 à 22:00
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Pourquoi la même information - la mise en cause de deux proches du chef de l'Etat dans l'affaire Karachi - a-t-elle fait cette semaine la Une de certains journaux mais simplement un court article dans d'autres ? Comment expliquer une telle différence de traitement médiatique ? On en parle avec Patrick Eveno, historien des médias, auteur de "les médias sont-ils sous influence ?"

- la phrase de la semaine La petite phrase a provoqué beaucoup de réactions... C'est la directrice de l'information de TF1, Catherine Nayl, qui l'a prononcée lors d'une interview au Nouvel Observateur : "Si au 31 décembre, nous n'avons pas trouvé de solution, LCI s'arrêtera". Le groupe TF1 qui envisage tout haut de fermer sa chaîne d'info LCI, c'est une première. Et on peut s'interroger : pourquoi donc afficher ainsi publiquement les soucis financiers de LCI ? Pourquoi menacer ainsi de fermer une chaîne qui existe depuis 1994 et emploie 150 personnes ? Sans doute pour attendrir le conseil supérieur de l'audiovisuel, et obtenir pour LCI un canal gratuit sur la télévision numérique terrestre. - la bonne opération de la semaine C'est TF1 qui la réalise avec l'interview dimanche soir de Dominique Strauss-Kahn. L'interview, très attendue, a battu tous les records d'audience : jusqu'à 14,2 millions de téléspectateurs dimanche soir devant TF1 quand DSK était interrogé par Claire Chazal. On avait jamais vu ça pour un JT depuis 2005. Et ça permet à la chaîne de s'arroger de très très confortables revenus publicitaires : selon l'agence Yacast, les pubs situés juste avant et juste après le JT ont rapporté à TF1 1,8 million euros dimanche dernier... soit 800.000 euros de plus qu'un dimanche normal. - le dossier de la semaine Comment une même information peut-elle être très importante dans un média, pas du tout dans un autre ? On a assisté cette semaine à des écarts spectaculaires, à propos du dernier rebondissement de l'affaire Karachi. Depuis plusieurs années, une enquête est menée par le juge van Ruymbeke sur le volet financier de l'affaire Karachi : y a-t-il eu des rétrocommissions lors de cette vente d'armes ? Ont-elles servi à financer de manière occulte la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 ? Cette semaine, coup de théâtre : deux hommes ont été mis en cause, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, deux proches de Nicolas Sarkozy. La nouvelle, que l'on apprend mercredi, fait le lendemain la Une de tous les journaux, qui évoquent les possibles conséquences politiques d'une telle annonce à quelques mois de l'échéance présidentielle. Tous les journaux... sauf deux : Le Figaro et Les Echos. Tous deux en parlent, mais pas en Une, uniquement dans un court article à l'intérieur du journal. C'est même page 10 dans le Figaro... _ En revanche, quand vendredi matin l'Elysée publie un communiqué pour démentir toute implication de Nicolas Sarkozy dans cette affaire, l'un des seuls journaux à mettre cette information en Une, c'est justement le Figaro qui titre en gros "l'Elysée dénonce une manipulation". Alors, évidemment, les journaux font ce qu'ils veulent. Ils ont tout à fait le droit de privilégier une information plutôt qu'une autre. C'est leur liberté propre, c'est même ce qui fait la pluralité de la presse. Mais on peut quand même s'interroger sur les raisons d'une telle différence. "Le Figaro a toujours été conservateur, ce n'est pas une surprise. Mais depuis cinq ans, le journal est en campagne pour Nicolas Sarkozy" explique Patrick Eveno, historien des médias. "Là, il dissimule à ses lecteurs une information capitale. C'est un vrai problème.". _ En ce qui concerne Les Echos, l'explication est peut-être à chercher ailleurs : le journal appartient au groupe LVMH, qui compte parmi ses dirigeants... Nicolas Bazire, l'un des mis en cause. Cinq minutes sur France 2, 30 secondes sur TF1 Les différences sont également nettes dans le traitement de l'affaire par les chaînes de télévision. Mercredi soir, la mise en cause des deux hommes fait les titres du 20h de France 2... quand il fait une simple brève de 26 secondes sur TF1 (selon Arrêt sur images, TF1 aurait "trappé" le sujet initialement prévu). "TF1 est très timorée" estime Patrick Eveno. "La chaîne essaye de ne jamais choquer personne pour ne pas perdre des téléspectateurs. En dire le moins possible pour tout ce qui peut être clivant."

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