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Tony Parker, prophète en son pays d'adoption ?

le Mercredi 15 Janvier 2014 à 07:15
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L'équipe de France masculine de basket, championne d'Europe en septembre dernier en Slovénie pour la première médaille d'or de son histoire, a été élue "Sportif de l'année Radio France 2013" par les auditeurs et internautes de Radio France. L'occasion pour France Info d'aller mesurer aux Etats-Unis la popularité de Tony Parker, patron des Bleus et triple champion NBA.

Une photo de Parker entouré de Tim Duncan et Manu Ginobili © Reuters - Matteu Maestracci

Le centre-ville de San Antonio, au Texas, atteste de l'évolution récente et un peu triste du cœur de certaines agglomérations américaines : de moins en moins de lieux de sociabilité, des commerces qui ferment tôt, quelques rares touristes en journée, et des SDF attachants qui investissent les rues à la tombée de la nuit. Comme si l'activité, les habitations et l'ambiance s'étaient déplacés vers la périphérie, les suburbs. Néanmoins, San Antonio conserve un certain charme et quelques attraits, comme le musée de Fort Alamo, puisque c'est là que Davy Crockett et ses compagnons sont morts en 1836 pendant la Révolution texane,  en résistant à l'armée mexicaine.

Tony Parker, lors du match face aux Dallas Mavericks © Radio France Matteu Maestracci

Les Spurs sont partout

L'autre force d'attraction de la ville, au sein d'un Etat texan richement doté en sports, c'est bien sûr les San Antonio Spurs, équipe de basket créée en 1967, engagée dans la prestigieuse NBA. Une "franchise" qui a remporté quatre fois la distinction suprême de champion de la ligue nord-américaine, en 1999, 2003, 2005 et 2007. Tony Parker, qui est arrivé très jeune dans l'équipe, en 2001, possède trois bagues de champion et a même été élu meilleur joueur des finales en 2007. San Antonio a perdu sur le fil la dernière finale NBA 2013, face au Miami Heat, champion en titre.

A San Antonio, les Spurs sont partout, sur les affiches des publicités d'autoroutes, sur les devantures des magasins ou à travers leur maillot sur les épaules des fans pour les rencontres à domicile. Et souvent, avec les autres superstars locales Manu Ginobili et Tim Duncan, Tony Parker est le joueur plébiscité. "C'est normal", explique Mathilde Hergott, 20 ans, étudiante et basketteuse française à l'University of Texas of San Antonio (UTSA) ; le meneur de jeu français est une immense vedette au Texas et aux Etats-Unis. Même s'il doit parfois, en tant que non-Américain, prouver d'avantage que les autres...

Mathilde Hergott : "Il est considéré comme l'un des plus grands meneurs de NBA"  (00:02:13)
 

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TP, victime de la distance ?

Et si finalement Tony Parker était parvenu, avec le temps, à être plus populaire, ou en tout cas mieux reconnu dans son pays d'adoption que dans sa nation d'origine ?

C'est en fait une phrase prononcée en juin dernier, pendant l'Euro féminin de basket, par l'ex-sélectionneur Pierre Vincent - par ailleurs entraîneur de Villeurbanne en Pro A, club dont Parker est vice-président - qui nous a mis la puce à l'oreille... A ce moment-là "TP" bataillait en finale, et Vincent disait : "Je crois qu'on ne réalise pas bien en France les performances qu'il réalise, qui sont extraordinaires, mais on ne s'en rend pas compte parce que c'est loin et tard la nuit pour nous Français".

Comme si finalement Parker payait un peu le fait de jouer loin, et la nuit compte tenu du décalage horaire, dans un championnat qui compte 82 matchs en saison régulière, et pour un sport qui passionne habituellement peu au-delà d'un cercle d'amateurs.

La victoire en championnat d'Europe lui a fait franchir un nouveau palier de popularité, la preuve avec cette récompense collective de "Sportif de l'année Radio France". Mais cela fait longtemps que le meneur français au patronyme si américain hérité de son père, né à Bruges il y a 31 ans, a été adopté et considéré à sa juste valeur outre-Atlantique.

Dans l'histoire du jeu

Mike Monroe © Radio France Matteu Maestracci

Mike Monroe est journaliste au quotidien local San Antonio Express News, et il suit les Spurs depuis 2004. Pour lui, Tony Parker "est dans la conversation quant au titre honorifique de meilleur joueur européen de l'histoire" en NBA, même si d'autres avant lui comme Toni Kukoc, Drazen Petrovic mais surtout l'Allemand Dirk Nowitzki, MVP (meilleur joueur de la saison) en 2007 peuvent y prétendre. En tout cas, pour Mike Monroe, Parker est "très largement reconnu comme un grand joueur par les entraîneurs, joueurs, supporters et observateurs". Et au moment des playoffs (phases finales),  c'est "le meilleur, le joueur décisif de l'équipe".

Quant à Tony Parker lui-même, il n'a jamais spécialement envie d'évoquer cette question de "popularité" ou de reconnaissance avec la presse ; il répète régulièrement qu'il est un compétiteur et veut gagner des titres, et sait au fond de lui-même la façon dont il est considéré aux Etats-Unis, appréciant dans le même temps le soutien du public français.

Tony Parker : "Moi je joue pour gagner des titres"  (00:02:28)
 

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Les anciennes superstars de la NBA Magic Johnson et Charles Barkley, membres de la fameuse "Dream Team" des JO de Barcelone en 1992, avaient notamment estimé en fin de saison dernière que TP devait être élu "meilleur joueur de la saison".

San Antonio, ville oubliée ?

Les Américains apprécient donc Parker, sa hargne, sa réussite comme joueur et homme d'affaires millionnaire, ce qui est moins mal vu là-bas qu'en France. Pourtant, lorsqu'on voit par exemple à la télévision une publicité pour le "All Star Game", traditionnel match des vedettes NBA en février, on voit une quinzaine de joueurs, mais pas lui...

Sans doute la conséquence d'un jeu certes de qualité mais plus "classique" que spectaculaire, le fait d'être Européen, ce qui donne toujours un léger handicap par rapport aux autres, mais aussi et surtout parce que San Antonio n'est pas New York ni Los Angeles, mais seulement la 25e agglomération des USA, un peu perdue entre les plus importantes villes du Texas que sont Dallas et Houston. En conséquence les Spurs sont bien moins médiatisés dans le pays.

Un "small market" ou petit marché comme l'explique Ben, 26 ans, fan des Spurs et maillot de Parker sur le dos. Selon lui, San Antonio laisse le reste de l'Amérique, les médias et certains consultants indifférents, voire hostiles. Et Parker n'a pas la reconnaissance qu'il mérite. Mais cet entre-soi n'est pas forcément une mauvaise chose ; les joueurs peuvent se concentrer plus sereinement sur leurs objectifs de titre et ils se sentent encore plus aimés par les supporters.

Ben, un fan des Spurs © Radio France Matteu Maestracci

Et finalement, quelle que soit la façon dont on analyse ou interprète la popularité de Tony Parker aux Etats-Unis, avec trois titres de champion, un trophée de meilleur joueur des finales en 2007, et cinq participations au All Star Game, il remplit déjà tous les critères pour intégrer lorsqu'il arrêtera sa carrière le "Hall of Fame", fameux panthéon du basket, cercle fermé ne réunissant que 155 joueurs pour l'instant. Suffisant pour faire définitivement partie de la légende du sport américain.

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