Selon Amnesty International, la Syrie traque ses opposants dans le monde entier

par Cécile Quéguiner mercredi 2 novembre 2011 00:00
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Radio France © France Info

Harcèlements, menaces, intimidations, voire arrestations... Si les dissidents syriens pensaient être à l'abri de la peur et des pressions en s'expatriant à Paris ou Montréal, c'est peine perdue. Un rapport d'Amnesty International révèle que des diplomates syriens filment et photographient systématiquement les opposants qui manifestent devant les ambassades de Syrie de l'étranger, pour tenter ensuite de les réduire au silence.

On est loin de Rastan ou Homs, en Syrie, où tombent presque chaque jour des civils venus tenir tête aux hommes de Bachar Al-Assad, en espérant y gagner davantage de liberté et de démocratie. Et pourtant...

L'organisation de défense des Droits de l'Homme Amnesty International a réuni des témoignages provenant d'une trentaine de Syriens en exil dans huit pays : l'Allemagne, le Canada, le Chili, l'Espagne, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Suède. Et aboutit à ce constat : tous ont été victimes d'intimidations directes, selon Geneviève Garrigos, d'Amnesty.

Le rapport raconte par exemple la désagréable expérience vécue par Alaa Basatneh, 19 ans, étudiante originaire de Damas, mais réfugiée dans l'Illinois aux États-Unis. Elle administre avec d'autres compatriotes le compte Facebook The Syrian Days of Rage, qui recense les exactions du régime syrien. Cet été, en plein mois d'août, un de ses amis sur Facebook a été arrêté en Syrie et forcé d'ouvrir son compte, avant d'être relâché. Après quoi la jeune étudiante a reçu ce message : “ Ces mots te sont adressés, à toi l'agent, la traître. Tes écrits nous parviennent. Rien ne nous échappe, 'Chicago girl'. Nous t'attendrons à l'aéroport pour te montrer ce qui est bon pour toi. Nous ferons de toi un exemple.”

Des hommes de la Mukharabat dans tous les cortèges

Un témoignage, parmi d'autres, qui recoupe ceux que Le Monde a recueilli aussi en France. Des opposants "pourchassés jusqu'à Paris", raconte le quotidien.  

Ces exilés participent pour certains aux rassemblements qui se tiennent tous les week-end à 17h autour de la fontaine du Châtelet à Paris. Rassemblements festifs à première vue, mais, affirme le journal, "un œil plus exercé remarquera le manège des mouchards qui tournent à pied ou en voiture, filmant l'assistance avec leurs téléphones portables".

Ce fichage s'accompagne, selon Amnesty, de harcèlement par les services de sécurité, mais aussi d'arrestations, d'actes de torture et de disparitions chez les proches des exilés. Et de pointer la responsabilité de la Mukhabarat, le renseignement syrien, qui agit dans l'ombre dans le monde entier. 

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