Quand la maltraitance s'invite en plein cours de français...

par France Info mercredi 2 novembre 2011 00:00
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Radio France © RF/Cécile Quéguiner

Alors que les Droits de l'enfant fêtent leurs vingt ans ce 20 novembre, voici une scène de classe, vécue il y a quelques jours, qui raconte la difficulté d'appréhender la maltraitance. Quand la parole se libère et qu'un, puis plusieurs enfants, se proclament soudain devant leurs camarades, "enfants battus", comment faut-il réagir ? _ Entre volonté affirmée de les protéger et crainte de se méprendre sur ces mots/maux d'enfants, reportage... en plein doute.

Ce devait un cours de français ordinaire, ce matin de novembre, dans la classe de CE2 de Monsieur O[[Pseudo pour respecter l'anonymat de ses élèves]]. Lecture, compréhension de texte, expression orale. Mais, la conversation dérive sur la question de la maltraitance, et le débat tourne alors au grand déballage : 15 enfants sur 26 se déclarent subitement "battus" !

Perplexité, panique (presque) de l'enseignant, qui précise pourtant à ses élèves, "qu'il ne faut pas confondre fessée isolée et coups répétés" et qui se sent soudain "très démuni". Que faire de ces témoignages pris sur le vif ? Comment protéger ces enfants ? Faute de réponse immédiate -réflexe- le maître conseille à ses élèves d'appeler le 119, le numéro d'appel d'urgence pour l'enfance en danger... (Écoutez ici, reportage dans les coulisses du 119)

"Ils sont quinze à se dire battus, mais il n'y a pas quinze enfants battus dans ma classe ", modère ce professeur des écoles qui exerce depuis plus de dix ans... Mais il se dit tout de même intimement convaincu que "sept le sont vraiment", étant donnés "leurs difficultés scolaires et leur comportement en classe".
_ Intuition... qui ne suffit pas, même si les enseignants, depuis une vingtaine d'années, ont obligation d'informer les autorités sur tout cas de maltraitance présumée. Auparavant, c'était l'École en tant qu'institution qui était pénalement responsable, aujourd'hui, eux le sont aussi personnellement (comme tout fonctionnaire).

Mais, l'institution scolaire est circonspecte. D'ailleurs, les chiffres semblent lui donner raison. Les statistiques en matière d'enfance en danger dans cette école élémentaire, selon l'inspecteur de l'Éducation nationale, seraient plutôt moins élevées qu'ailleurs. L'an dernier, l'école a fait un signalement. Un seul pour l'établissement entier, contre sept cas "déclarés" dans une seule classe...
_ "Il faut faire la part des choses", affirme la directrice, qui précise qu'il existe aujourd'hui un protocole très précis, en cas de soupçons.

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En premier lieu, l'école doit faire intervenir médecin ou psychologue scolaire, pour constater et attester d'éventuelles traces de coups sur le corps de l'enfant, ou s'entretenir simplement avec lui. Puis, en cas d'information préoccupante (c'est, depuis la loi de mars 2007, le terme employé), celle-ci est transmise à la cellule spécialisée dans la protection de l'enfance : il y en a une par département. C'est elle, en tout dernier recours, qui saisit le procureur de la République.

Ici, la machine est en marche, puisqu'un des sept enfants, quelques jours plus tard, a profité d'une séance de piscine pour montrer à son maître un bleu sur sa jambe : trace de coup ou d'un simple tacle au football ? L'enseignant n'aura pas à trancher, l'enfant a déjà été vu par une infirmière et le dossier est entre les mains de la médecine scolaire.

Reste les autres. Exercice d'expression écrite : l'enseignant leur a fait rédiger leurs témoignages. Il veut croire que ça lui permettra "pour une fois" de faire avancer les choses... Car, dit-il, il lui a "rarement été possible d'agir dans sa carrière", alors qu'il était là aussi convaincu de compter parmi sa classe quelques enfants victimes de violences familiales.

Maltraitance caractérisée ou éducation "à la dure" ?

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Car, de quoi parle-t-on vraiment ? Pour Nathalie Serruques, responsable de la mission Enfance en France à l'Unicef, ces 15 enfants qui se disent "battus" illustrent sans soute "combien la violence aux enfants est sous-estimée en France". Et, même si elles étaient mensongères, dit-elle, "ces paroles doivent être prises très au sérieux".

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L'Unicef, par ailleurs, réclame dans son dernier rapport une meilleure formation des enseignants pour appréhender ces situations délicates.

Dans la classe de CE2 concernée, en tout cas, on creuse désormais collectivement la question de la maltraitance : c'est devenu un thème de travail. Pour sensibiliser les enfants, et faire peut-être passer le message aux parents, "qui maltraitent, certains, leurs enfants, en pensant bien faire"...

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Cécile Quéguiner