Ebola : comment la Française de MSF a-t-elle été guérie ?

par Benjamin Illy samedi 4 octobre 2014 22:51, mis à jour le dimanche 5 octobre 2014 à 08h30
La Française est sortie samedi de l\\\'hôpital militaire de Saint-Mandé
La Française est sortie samedi de l'hôpital militaire de Saint-Mandé © Maxppp

La guérison de l'infirmière française contaminée par Ebola lors d'une mission au Liberia suscite un espoir mêlé de prudence dans la communauté scientifique. "Car on parle d'un petit nombre de cas" explique sur France Info le directeur général de l'Institut Pasteur.

Peut-être un espoir pour venir à bout du virus Ebola. L'infirmière de MSF, qui avait été contaminée au Libéria, a quitté l'hôpital Bégin samedi. Complètement guérie, dit-on. Elle avait été rapatriée en France le 19 septembre dernier, et a ensuite reçu un traitement expérimental à l'hôpital militaire de Saint-Mandé, près de Paris.

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La jeune femme n'est donc plus contagieuse. Mais alors, quel est ce traitement à l'origine de sa guérison ? La direction de l'hôpital refuse de communiquer samedi. Sur France Info, la ministre de la Santé indique : "Plusieurs traitements ont été utilisés, il est difficile de savoir si c'est l'un d'entre eux qui a fonctionné, ou leur combinaison". "Il ne faut pas tirer de conclusion générale de ce qui s'est passé. En tout cas ce qui est certain c'est que la prise en charge dans ce type de structure est un atout pour la guérison", ajoute Marisol Touraine.

Comprendre cette combinaison de traitements expérimentaux

La ministre reste discrète sur la nature du traitement, invoquant le secret médical. France Info a aussi posé la question au directeur général de Médecins sans frontières, Stéphane Roques : savez-vous comment a été soignée votre bénévole ? "Non, nous n'avons pas les éléments sur la prise en charge effectuée auprès de notre collègue", répond-t-il. "Nous laisserons le soin aux équipes médicales de le détailler si elles le souhaitent", ajoute-t-il.

Mais cette guérison ne doit pas non plus donner trop d'espoir. La prudence s'impose : c'est le message martelé par le professeur Jean-François Delfraissy, directeur du département des maladies infectieuses à l'Inserm. "C'est un cas, elle fait partie des patients survivants d'Ebola. Elle a bénéficié de deux types de traitement : la prise en charge de quelqu'un dans une situation grave en France, et elle a reçu une combinaison de traitements expérimentaux, qui va nous permettre d'analyser ce qui s'est passé avec cette combinaison de traitements expérimentaux, et je n'irai pas plus loin".
 

"Il faut rester prudent car on parle d'un petit nombre de cas" (Institut Pasteur)

 

Christian Bréchot, directeur général de l’Institut Pasteur est sur la même ligne. Sur France Info ce dimanche matin il n'a pas été en mesure d'affirmer que les traitements expérimentaux étaient à l'origine de la guérison de l'infirmière : "C'est possible. Il y a maintenant plusieurs observations individuelles. Mais il faut rester prudent car on parle d'un petit nombre de cas".

L'espoir prudent de Christian Bréchot, directeur général de l’Institut Pasteur, "car on parle d'un petit nombre de cas"

Trois traitements expérimentaux autorisés en France

Difficile donc de savoir ce qu'a reçu cette patiente... Mais une chose est sûre, trois types de traitements expérimentaux sont autorisés en France :
  • L'antiviral Avigan (favipiravir) produit par la firme japonaise Toyama Chemical (filiale de FujiFilm), à l'origine fait pour lutter contre la grippe. Le fabricant Avigan avait indiqué la semaine dernière que la Française de MSF avait pris ce médicament, information non confirmée par les autorités françaises.
  • Le TKM-Ebola, d'une société canadienne, une molécule qui détruit les gènes du virus.
  • Le ZMapp, un cocktail de trois anticorps "monoclonaux", dévoppé par des entreprises américaines et canadiennes et par les deux gouvernements. Il n'a pas fait l'objet d'essais cliniques mais a été administré à titre compassionnel à plusieurs personnes infectées par le virus Ebola.
Trois médicaments expérimentaux contre Ebola, explique le docteur Noel Tordo de l'Institut Pasteur

Un vaccin pré-exposition pour novembre ?

Enfin, en ce qui concerne un vaccin, nous en sommes encore aux phases d'essai clinique. L'OMS espère qu'un vaccin sera disponible en novembre. "Des tests sont en cours, nous ne pouvons que nous rejouir aujourd'hui des efforts faits par les grandes institutions de recherche et les laboratoires", indique le directeur général de Médecins sans frontières, Stéphane Roques. "Tout en restant extrêmement vigilants à ce que cet investissement se fasse dans une logique d'intérêt général, on n'a pas le temps par rapport à cette épidémie d'attendre le cheminenement classique de la recherche et développement en fonction des intérêts des uns et des autres, il y a urgence", ajoute le directeur de MSF. Le temps presse, le virus Ebola a déjà tué près de 3.500 personnes en Afrique de l'Ouest.

"Un vaccin pré-exposition a été annoncé pour novembre, on espère que les échéances seront tenues" - Stéphane Roques, directeur général de MSF