Alain Finkielkraut entre officiellement à l'Académie française

par Thierry Fiorile jeudi 28 janvier 2016 15:50
Alain Finkielkraut succède à l\\\'écrivain d\\\'origine belge Félicien Marceau © MaxPPP
Alain Finkielkraut succède à l'écrivain d'origine belge Félicien Marceau © MaxPPP

Le philosophe Alain Finkielkraut a été officiellement intronisé à l'Académie française jeudi après-midi. L'intellectuel controversé a rendu hommage à ses parents et a prononcé l'éloge de son prédécesseur.

Son élection avait divisé les académiciens eux-mêmes : en avril 2014, Alain Finkielkraut avait obtenu 16 voix favorables sur 28 mais aussi 8 croix, en signe d'opposition à sa candidature. C'est pourtant chose faite depuis jeudi après-midi : le philosophe de 66 ans est désormais un Immortel.

Sous la coupole de l'Académie française, à Paris, l'intellectuel controversé a lu son discours d'intronisation devant ses pairs mais aussi du Premier ministre, Manuel Valls. "Un nom à coucher dehors, reçu sous la coupole, c'est à n'y pas croire" a plaisanté Alain Finkielkraut. Avant de rendre hommage à sa famille et notamment à son père, rescapé d'Auschwitz. "À ces jours, c'est aux miens que je pense. À mes grands parents que je n'ai pas connus, à mes parents qui ne sont plus là alors que le mérite leur revient."

Comme le veut la tradition, Alain Finkielkraut a également fait l'éloge de celui dont il occupera le fauteuil, l'écrivain Félicien Marceau, condamné par contumace à la Libération pour collaboration. "Un défenseur exalté de l'identité nationale, oublieux de ses origines vagabondes et astreint à faire l'éloge d'un collabo : il n'y a pas de hasard, pensent nos vigilants, et ils se frottent les mains, ils se lèchent les babines", a lancé Alain Finkielkraut. 

Un "néo-réac" selon ses détracteurs

Il faut dire que longtemps, Alain Finkielkraut a été le poil à gratter des intellectuels de gauche. Quand il ne faisait pas bon penser autrement qu'eux, ses positions avaient le mérite d'alimenter le débat : Le Nouveau Désordre amoureux en 1977, La Défaite de la pensée dix ans plus tard, ont nourri cet art si français de la pensée critique.

Mais en allant de plus en souvent dans les médias pour défendre ses idées, "Finki", qui a dû garder de son passé maoïste le goût des pavés, a donné des gilfes et en a reçues. Or la réflexion ne fait pas bon ménage avec le cirque émotionnel des plateaux télés et, si ses détracteurs le traitent aujourd'hui de néo-réac, c'est qu'il l'a bien cherché.

Une phrase de Charles Péguy sur son épée

Car depuis L'identité malheureuse en 2013, Alain Finkielkraut voit des islamistes partout. La France serait au bord du chaos et  ses adversaires, des "collabos de la modernité" atteints de "paresse de la pensée". Devenu académicien retrouvera-t-il le sens de la mesure qui sied à sa discipline? On le saura vite.

Avant la cérémonie jeudi après-midi, ses amis lui ont remis son épée d'académicien. Sur cette arme symbolique, le philosophe a demandé que soit gravés une vache normande, un Aleph, première lettre de l'alphabet hébraïque, et cette phrase de Charles Péguy qui résume son engagement: "La République Une et indivisible, notre royaume de France".