Loi Travail : Myriam El Khomri, une ministre dans l'oeil du cyclone

par Isabelle Chaillou jeudi 24 mars 2016 07:31, mis à jour le jeudi 24 mars 2016 à 17h50
Le débat dans l\\\'hémicycle ne débutera qu\\\'en mai prochain
Le débat dans l'hémicycle ne débutera qu'en mai prochain © CHAMUSSY/SIPA

La version remaniée du texte arrive ce jeudi en Conseil des ministres. Le gouvernement s'était donné quinze jours de plus pour tenter d'apaiser les tensions autour de la loi, incarnée par la ministre du travail, Myriam El Khomri, qui reste sereine.

La jeune ministre, benjamine du gouvernement, s'est retrouvée dans l'oeil du cyclone ces dernières semaines avec les crispations autour de la loi travail. Pour son premier ministère, elle porte la dernière grande loi économique du quinquennat. En public, Myriam El Khomri ne perd pourtant jamais son calme, ni son sourire. Elle se revendique ministre de terrain, parce qu'elle multiplie les déplacements, Myriam El Khomri a fait de sa voiture de fonction une annexe de son bureau. 

"C'est dur d'entendre des caricatures disant qu'avec ma loi, on va travailler 60 heures par semaine"
— Myriam El Khomri, ministre du Travail

Elle n'a pas le choix. Partout, elle doit convaincre du bienfondé d'une réforme du code du travail désormais associée à son nom. Une réforme qui a mis le PS en ébullition, fait descendre les étudiants dans la rue et suscité une pétition à plus d'un million de signatures. "C'est dur d'entendre des caricatures disant qu'avec ma loi, on va travailler 60 heures par semaine, lâche la ministre. Je suis fière de porter cette loi, quand le président de la République me nomme à ce poste la dernière année du quinquennat, sachant que la lutte contre le chômage est la priorité absolue, je savais que ça allait être dur".

Les dernières heures de Myriam El Khomri avant le passage de la loi travail en Conseil des ministres - Reportage d'Isabelle Chaillou

Myriam El Khomri assume tout, à un détail près

Cette loi, reportée, puis en partie réécrite par l'Elysée et Matignon, Myriam El Khomri en assume tout, à un détail près : "Ce n'est pas moi qui ai porté la mesure sur le licenciement économique mais cet article vise juste à donner de la clarté. On ne peut pas s'appuyer sur un droit qui est flou". Cet article, un des plus polémiques, c'est Emmanuel Macron qui l'a voulu et imposé. Rivaux, peut-être, mais les deux jeunes ministres affichent le même pragmatisme économique. "On n'a pas tout essayé sur la question de l'emploi, et je porte cette loi car je suis convaincue qu'il faut faire bouger les choses" affirme la ministre.
 

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Ce message, Myriam El Khomri, le martèle avec plus ou moins de succès, auprès des syndicats, du patronnat, sur le terrain surtout. C'était le cas ce mercredi dans le Pas-de-Calais lors de la visite d'une PME, Frais Concept. Une attention, un mot pour tous, du patron aux salariés, Myriam El Khomri ne ménage pas ses efforts. Elle a d'ailleurs perdu 4 kg en un mois pour "sa" loi, qui lui "donne du fil à retordre".

Myriam El Khomri en déplacement dans le Pas-de-Calais dans une PME
Myriam El Khomri en déplacement dans le Pas-de-Calais dans une PME © RF / Isabelle Chaillou

"L'économie n'est pas l'adversaire du social"
— Myriam El Khomri, ministre du Travail

Ce qui inquiète l'entourage de la ministre, c'est surtout le comité d'accueil de la CGT qui l'attend à chacun de ses déplacements. Mais cette fois, pas de sifflets, pas de banderoles, et à peine une poignée de militants. Sur la route du retour, la ministre n'a pas croisé les manifestants. Elle dit pourtant avoir appris à encaisser les coups, surtout ceux venus de son propre camp. "Ces derniers temps, un doute planait sur mes convictions de gauche. C'est peut-être ma génération mais je ne suis pas dans l'affrontement entre les patrons et les salariés, l'économie n'est pas l'adversaire du social", déclare-t-elle.
 

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Myriam El Khomri rode ses arguments, car à peine rentrée à Paris, c'est à l'Assemblée qu'elle doit encore chercher à convaincre. L'aile gauche du PS promet une bataille d'amendements sur le texte, la ministre s'y est déjà préparée. Le débat dans l'hémicycle ne débutera qu'en mai, mais avant cela, un autre exercice délicat attend la ministre. Comme tous les mois, c'est elle qui annoncera ce jeudi soir les chiffres du chômage.