Le Pen, le voile et la kippa : indignation générale

par Guillaume Gaven vendredi 21 septembre 2012 15:54
Benoit Tessier Reuters

Mission accomplie pour Marine Le Pen : ses déclarations sur l'interdiction du voile et de la kippa dans la rue sont abondamment commentées. Et condamnées par la classe politique et confessionnelle.

"Le voile est interdit. C'est clair. On est capable de faire la différence entre un voile religieux et un voile qui ne l'est pas. Il est évident que si l'on supprime le voile, on supprime la kippa dans l'espace public." Ces quelques mots, sans doute volontairement provocateurs, ont fait mouche. A la veille de l'université d'été du Front national, Marine Le Pen suscite le débat. Et la polémique.

"Tout ce qui déchire, opppose, divise, est maladroit", a rapidement réagi François Hollande, en pleine tentative pour prendre de la hauteur. L'attaque ad hominem, elle, est venue du ministre de l'Education, Vincent Peillon : "Tous ces amalgames, ces imprécisions, font le lit de l'obscurantisme et de la haine. Marine Le Pen est la première des intégristes."

Le ton est plus mesuré à droite. Mais tout aussi ferme. "Elle montre qu'elle n'a rien compris à la laïcité", tranche Jean-François Copé, le secrétaire général de l'UMP. "La laïcité n'est pas l'éradication de toutes expressions religieuses dans la société."

La laïcité n'est pas la négation des religions, estime Jean-François Copé, le secrétaire général de l'UMP  

La kippa, nouvelle cible du FN ? 

C'est un peu la "nouveauté" du discours lepéniste : mettre au même niveau voile islamique et kippa juive. Du coup, les associations juives n'ont pas tardé à monter, elles aussi, au créneau.

"Rappelons que la laïcité a pour esprit de protéger la liberté de culte et non de la restreindre comme veut le faire croire Marine Le Pen", précise le président de l'Union des étudiants juifs de France, Jonathan Hayoun.

Et le président du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France, d'enchaîner : "Cela fait partie de ces déclarations qui, sous prétexte de lutter contre les débordements, augmentent encore les conflits à l'intérieur du pays", estime Richard Prasquier.

"Ceux qui appellent aujourd'hui à interdire le voile et la kippa dans l'espace public aspirent à instaurer un régime totalitaire en France", tranche le Conseil français du culte musulman.

Et le Conseil de rappeler très opportunément que, lors des débats sur la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, en 1905, certains députés avaient réclamé l'interdiction du port de la soutane dans l'espace public. Aristide Briand avait alors répliqué que quand on instaurait un régime de liberté, la soutane devenait un vêtement comme les autres...