Assurance chômage : les déclarations de trop d'Emmanuel Macron?

REACTIONS par Cécile Mimaut dimanche 12 octobre 2014 16:42
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Emmanuel Macron a semé le trouble au PS en demandant dimanche dans une interview au JDD une réforme de l'assurance chômage. Photo d'illustration © Maxppp

Le gouvernement veut-il réformer les règles d’indemnisation du chômage ? Après Manuel Valls en début de semaine, c'est le ministre de l'économie, Emmanuel Macron qui relance le débat dans les colonnes du JDD, suscitant de vives réactions à gauche.

Les réactions affluent après l'interview d'Emmanuel Macron dans le JDD. Le ministre de l'Economie relance le débat sur la réforme de l'assurance chômage. Selon lui, il ne doit y avoir "ni tabou, ni posture". Mais à la sortie du Conseil national du parti socialiste, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a adressé un petit rappel au ministre. "La gauche n'a pas de tabous mais elle a quelques totems. En particulier le fait que quand un président de la République s'exprime, les ministres appliquent", a-t-il déclaré à la presse.
 
Dans l'interview publiée dimanche dans la presse, le ministre de l'Economie rappelle que l’assurance chômage "est en déficit de quatre milliards d'euros. Quel responsable politique peut s'en satisfaire ?", déclare-t-il, ajoutant que la réforme déjà menée était "insuffisante". Mais à gauche, le message est clair : on ne touche pas à l'assurance chômage. François Kalfon, tenant de Gauche populaire et secrétaire national en charge de l'emploi et du travail, rappelle au micro d'Anne-Laure Dagnet que "ce n’est pas l’orientation des socialistes". "Si on remet en cause quelque part cette durée d’indemnité, c’est qu’on suppose que finalement les chômeurs ne cherchent pas de travail, alors que c’est une réalité qui est picrocholine par rapport au caractère massif du manque d’emplois, par rapport au caractère massif des destructions d’emplois dans ce pays [...] Donc, vraiment, la priorité, ça n’est pas de réduire les droits, et finalement les sécurisations, pour les demandeurs d’emploi. C’est de les protéger et c’est y compris de leur proposer une façon alternative pour retrouver du travail", réagit-il.
 

Des "provocations idéologiques"

Même son de cloche venant de Laurent Baumel, député PS d'Indre et Loire et frondeur, sur France info. "C’est pas tabou mais dans une période de chômage massif comme ça, où l’immense majorité des chômeurs ne choisit pas d’être au chômage mais est simplement confronté" à l’absence d’offres d’emplois, le ministre de l’Economie devrait plutôt se demander si la politique économique que l’on mène créé suffisamment d’emplois plutôt que de pointer du doigt la responsabilité individuelle de gens qui sont d’abord des gens malheureux d’être au chômage. Je pense que c’est très décalé par rapport aux réalités humaines que vivent les Français concernés. Au mieux, il (Emmanuel Macron) donne des éléments pour essayer de rassurer Bruxelles dans une stratégie de bon élève français que je déplore d’ailleurs, ou alors il est simplement dans des provocations idéologiques, sans même se rendre compte à quel point ces provocations peuvent être blessantes pour les électeurs qui ont fait confiance à François Hollande et qui font confiance à la gauche", lance le député. 
 

"Qu'il fasse plutôt son travail que des interviews à deux balles dans son bureau"

Emmanuel Macron qui juge la dernière réforme sur l'assurance chômage insuffisante et qui menace les partenaires sociaux de reprendre la main si les syndicats ne font pas le boulot... Tout simplement insupportable pour Stéphane Lardy, chargé des questions d'emploi chez Force Ouvrière. "Ce petit jeu qui est en train de s’installer entre le mauvais flic et le bon flic – on a Manuel Valls qui intervient, le président François Hollande qui intervient après en disant ‘mais non, pas du tout’, François Rebsamen d’un côté, Emmanuel Macron de l’autre – on nous prend vraiment pour des imbéciles ! Bien évidemment tout cela est très bien orchestré, donc maintenant ça suffit ! J’attends qu’Emmanuel Macron, au lieu de nous faire des interviews à deux balles dans son bureau comme il le fait,  il fasse son travail. Pour que le chômage baisse en France, il faut 1,5 % de croissance. Qu’il redynamise l’économie au lieu de s’en prendre aux plus précaires et aux plus pauvres!"

"Pas de ruptures" selon Jean-Yves Le Drian

Le ministre de la Défense, lui,  n'adhère pas aux critiques faites au ministre de Economies. "Il constate ce que chacun constate : c'est que le régime de l'assurance chômage est en déficit de 4  milliards d'euros. Ce n'est pas une situation satisfaisante, donc il faut essayer d'y remédier", a-t-il commenté sur France 5. "Il faut y remédier sans tabou ni posture", a poursuivi le responsable socialiste, en reprenant les mots utilisés par Emmanuel Macron. "Personne au gouvernement n'est contre ce constat", explique Jean-Yves Le Drian. "Après, je crois que le problème est un problème de calendrier et puis aussi une responsabilité des partenaires sociaux qui le co-gèrent", estime-t-il.

 

Rien de choquant pour le patronat 

Du côté du Medef en revanche,  les déclarations d'Emmanuel Macron sont simplement du bon sens. "On a cinq millions de chômeurs en France, toutes catégories confondues. Nous avons des régimes qui sont totalement déficitaires. Vous devez raisonnablement réfléchir comment vous pouvez contenir, pour le bien du demandeur d’emploi et de l’assuré, ces régimes de façon équilibrée. C’est une véritable gestion. Vous ne pouvez pas fermer les yeux et vous dire ‘on va continuer à grever les déficits jusqu’à temps que la croissance revienne !’", déclare Thibault Lanxade, membre du conseil exécutif du MEDEF.