Désabusés, les Égyptiens boudent le second tour de la présidentielle

par Olivier Bénis samedi 16 juin 2012 17:38
Ahmed Jadallah Reuters

Il y a trois semaines, pour le premier tour, seule la moitié des électeurs avaient fait le déplacement, mais les files d'attente étaient longues devant les bureaux de vote. Rien de tel aujourd'hui, et sans doute le même désintérêt demain. Car aucun des deux candidats restants ne suscite l'enthousiasme.

Le candidat des Frères musulmans face à celui de l'armée : l'affiche ne fait pas rêver les Égyptiens. Ils doivent pourtant désigner aujourd'hui et demain le successeur de l'ex-président Hosni Moubarak, dans un climat particulièrement tendu.

Car d'un côté, il y a ceux qui craignent le retour à l'ancien régime. Pour eux, pas question de voter pour Ahmad Chafiq, ancien Premier ministre de Moubarak, soutenu par les militaires actuellement au pouvoir. De l'autre côté, il y a ceux qui refusent le scénario des islamistes au pouvoir, comme en Iran ou en Afghanistan. Une peur que la télévision d'État a exploité ces derniers jours, en diffusant des documentaires sur la situation dans ces deux pays.

"J'ai peur de Morsi, j'ai encore plus peur de Chafiq"

Les Égyptiens sont donc partagés. Devant un bureau de vote du Caire, l'un d'eux avoue qu'il a voté "pour Morsi, parce que je ne veux pas que Chafiq gagne. J'ai peur de Morsi mais j'ai encore plus peur de Chafiq. Nous ne voulons pas de quelqu'un de l'ancien régime." C'est peut-être ce qui permettra au candidat des Frères musulmans de faire la différence : le fait que la candidature de son adversaire ait finalement été validée jeudi par la Haute cour constitutionnelle, en dépit d'une loi pour empêcher les représentants de l'ancien régime de se présenter.

Enfin, difficile aussi de mobiliser les foules pour élire un président... dont on ne connait même pas les pouvoirs. Ces derniers ne sont toujours pas entièrement définis.

Reportage de Claude Guibal, envoyée spéciale de France Info au Caire  
avec Olivia Ferrandi