Route des Balkans : le piège pour des réfugiés bloqués en Macédoine

REPORTAGE par Benjamin Illy mardi 8 mars 2016 08:47
Dans le froid et la boue, les conditions de vie difficiles dans le camp de Tabanovce en Macédoine
Dans le froid et la boue, les conditions de vie difficiles dans le camp de Tabanovce en Macédoine © Radio France / Benjamin Illy

Plusieurs pays ont fermé leurs frontières aux réfugiés empruntant la Route des Balkans pour fuir vers le nord de l’Europe. En Macédoine, le piège pour 1 500 d'entre eux s’est refermé dans le camp saturé de Tabanovce.

Alors que l’Union européenne et la Turquie négocient un plan à six milliards d’euros pour endiguer la crise migratoire, des milliers de migrants et de réfugiés tentent de rejoindre l’Europe du nord. La voie principale, dite Route des Balkans, devient infernale au rythme des fermetures de plusieurs frontières.

A LIRE AUSSI ►►►Crise migratoire : la Turquie fait monter les enchères à Bruxelles

En Grèce, les réfugiés ne passent plus qu’au compte-goutte à Idoméni, le seul poste-frontière avec la Macédoine. Pour ceux qui ont réussi à franchir ce passage, le piège se referme cette fois en Macédoine où le blocage semble total. C’est le cas dans le camp de Tabanovce où s’entassent plus de 1 500 réfugiés.

Le reportage de Benjamin Illy dans le camp de Tabanovce en Macédoine, pour France Info

Ces réfugiés pensaient voir la Route des Balkans s’ouvrir en grand. Ils ont laissé Idoméni derrière eux, passé difficilement cette frontière macédonienne hérissée de barbelé, et pris un train à Gevgelija. Le convoi les a conduit jusqu’au camp de Tabanovce, déjà saturé. Les grandes tentes blanches et les quelques préfabriqués prévus pour 1 000 personnes sont bondés. Les conditions de vie sont difficiles, sans chauffage, dans le froid, la pluie, la boue.

Un jeune Syrien de 20 ans, à Tabanovce depuis cinq jours, demande de l’aide. Il espère franchir la frontière serbe distante de quatre kilomètres mais rien ne bouge. La situation est figée dans ce centre de transit conçu au départ pour accueillir les réfugiés pour seulement quelques heures. Le bref accueil se prolonge pour Fatima, une mère de famille afghane.

Fatima, venue d\\\'Afghanistan, veut aller en Allemagne
Fatima, venue d'Afghanistan, veut aller en Allemagne © Radio France / Benjamin Illy

Fatima tient son bébé dans les bras, un petit garçon, né pendant son voyage, il y a à peine 15 jours. "il est malade" dit-elle.

"Je suis malheureuse, je veux aller en Allemagne. Ça fait deux semaines qu’on est là dans ce camp (…) Personne ne nous répond, ils nous disent ‘on ne sait pas’, il n’y a aucune information."
— Fatima, mère de famille afghane

La directrice adjointe de l’UNICEF en Macédoine, le Fonds des Nations unies pour l'enfance, Raja M’Séfer Berrada, résume ainsi la situation : "C'est tout à fait un piège, parce qu’on leur a permis de venir en Macédoine, mais ils ne savent pas de quoi sera fait le lendemain".

"Ils ont été forcés de quitter leur pays, ils ont eu peur pour leur vie, mais entre-temps les politiques ont changé."
— Raja M'Séfer Berrada (UNICEF)

A l’extérieur du camp, à quelques centaines de mètres, près de 400 Syriens s’installent dans un champ.

Des familles entières et des personnes âgées sont arrivées par le train quelques heures plus tôt. Les pieds dans l’eau, ces réfugiés tentent de s’abriter sous des bâches dans un no man’s land entre Macédoine et Serbie, et la police serbe vient de les refouler. Après une infime lueur d'espoir pour continuer un long voyage, le piège s'est refermé.