Demain, mardi 13 novembre, ce sera la Journée de la Gentillesse, une journée lancée par Psychologies Magazine il y a quatre ans. Le but de cette initiative n'est pas de contraindre tout le monde à être sympathique pendant 24h ! Non : il s'agit de mettre en place des actions concrètes, notamment dans le champ de l'entreprise, en soutenant des pratiques de bienveillance au travail.
. © Psychologie Magazine
Avec Anne Laure Gannac de Psychologies Magazine.
Ca peut sembler déplacé a priori. Parce que ce mot de gentillesse, il a une tonalité un peu naïve, infantile. Etre gentil au travail, on s'imagine que cela veut dire être obéissant, être sage, se soumettre à l'autorité patronale comme le petit enfant se soumet gentiment à celle de ses parents... Mais ce n'est évidemment pas de ça dont on veut parler ici. La gentillesse, c'est tout simplement une qualité appréciée dans la relation entre individus. Et ça, oui, ce devrait être un fondement de la vie au travail, aussi. On peut y parler de compétitivité, d'efficacité, mais sans que cela empêche -au contraire !-, d'y développer une bienveillance des employeurs à l'égard des employés, des employés entre eux et à l'égard de leur entreprise. Notamment pour lutter contre ce qu'on appelle " la souffrance au travail " et dont on connaît les conséquences parfois dramatiques, de la dépression au suicide.
De quoi dépend cette bienveillance en entreprise ?
On distingue, en gros, trois piliers essentiels :
- Donner du sens au travail de chacun.
- Développer la qualité des relations et le mieux vivre ensemble.
- Veiller au bien-être des individus.
Partant de ces trois principes, toutes sortes d'initiatives sont applicables, comme on le suggère en détails dans un appel que Psychologies Magazine a lancé, l'an dernier, avec le réseau Entrepreneurs d'avenir, et que chacun peut trouver sur notre site et dans le magazine. Et y adhérer ! Le faire admettre par l'entreprise comme une charte.
Vous dites "Veiller au bien-être des individus". Ca passe par quoi, par exemple ?
Les initiatives sont variées : salles de jeux, salles de sport, jardins partagés... On a notamment un entrepreneur qui nous raconte comment il a aménagé un poulailler et un potager, pour dit-il "s'occuper de la terre pendant les pauses et ne pas être toute la journée devant son ordinateur". Pour d'autres, cela passera par la volonté d'améliorer le cadre de travail, en proposant des espaces lumineux, un matériel ergonomique. D'autres qui aident à faciliter l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, avec des horaires aménagés, du télétravail.
L'autre chose, c'est de fixer des règles de comportements : en interdisant l'usage de portables en réunion, en interdisant l'envoi de mails professionnels en soirée et le week-end. En s'engageant à ne pas juger ceux qui partent tôt (qui sont souvent ceux qui arrivent tôt), ou encore à respecter réellement les temps partiels. Le but, c'est de considérer l'individu non pas seulement comme une force de travail, mais dans son intégralité. Ceci dit, ce n'est pas que philanthropique : il en va du devoir légal de l'entreprise de veiller à la protection de la santé physique et psychique de ses salariés.
Est-ce que ce n'est pas aussi donner à l'entreprise plus de pouvoir sur les salariés ? En gérant tous les aspects de leur vie, elle peut, en échange, leur demander toujours plus de disponibilité...
C'est vrai que le risque serait de faire passer pour de la bienveillance ce qui ne serait qu'une volonté d'exercer un peu plus de pression et d'autorité. Offrir des massages ou des consultations psy pour faire oublier la pression sur les résultats, par exemple, on peut se demander si c'est bienveillant. D'où la nécessité de discuter au sein de l'entreprise de toutes ces propositions, que chacun y trouve son véritable intérêt, ne se sente pas manipulé, mais entendu, soutenu.
En fait, il s'agit davantage de ces questions de bien-être au sein de l'entreprise, c'est cela ?
C'est l'une des clés : communiquer, encourager la création des liens, à toutes les échelles. Sans quoi, il n'y aura pas de changement de fond des comportements ; on ne devient pas attentif les uns aux autres juste par décret. Il faut apprendre à mieux se connaître, à se faire confiance, à se parler... Pour cela, certaines boîtes proposent de commencer la semaine par des discussions "hors boulot", d'autres suggèrent des formations à la communication non violente ou des formations au management intergénérationnel, pour aider les relations entre les seniors et les plus jeunes employés qui n'ont pas forcément les mêmes codes de comportement ou de langage.
Ca peut sembler un peu idyllique : est-ce que ces initiatives peuvent suffire pour faire changer les comportements à long terme ?
Encore faut-il que les gens aient envie de changer. Et qu'il en aient l'occasion : pris dans le feu de l'action, tout cela peut rester au stade de la bonne parole. Et à la moindre situation de stress, chacun va reprendre ses mauvaises habitudes. D'où l'utilité d'un suivi, et de règles fixées, écrites, auxquelles on pourra se référer, par exemple en début de chaque réunion. Mais il est certain que cela demande un effort à tous. Pour certains, l'effort d'être plus chaleureux, pour d'autres plus à l'écoute, ou à féliciter plus souvent leurs collaborateurs. La bienveillance ne va pas de soi, surtout dans le cadre professionnel où la pression est forte. Cela exige un engagement commun et individuel. Et l'idée, avec cet appel, notamment, c'est de proposer un cadre qui favorise ces changements de comportements par des prises d'engagement, sur le long terme.
Pour plus d'informations, rendez-vous dans le numéro de Psychologies Magazine actuellement en kiosque, ou sur le site Psychologies.com, où vous pourrez notamment signer cet Appel à plus de bienveillance au travail.

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