La difficile équation de la réforme de l’éducation prioritaire

par Célia Quilleret mardi 16 décembre 2014 22:55, mis à jour le mercredi 17 décembre 2014 à 05h00
Najat Vallaud-Belkacem dans une école de Zep en novembre
Najat Vallaud-Belkacem dans une école de Zep en novembre © Maxppp

Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education, dévoile ce mercredi la nouvelle carte de l’éducation prioritaire avec 1082 réseaux "gagnants" et annonce une autre réforme, celle de l’allocation des moyens.

La nouvelle carte qui sera officialisée ce mercredi compte 1.082 réseaux "gagnants" et sera valable quatre ans, les Dom-Tom sont intégrés, notamment Mayotte. 200 collèges sortent des ZEP et parmi eux, une quinzaine de cas sont problématiques selon le ministère de l’Education. C’est le cas du collège Louis Pasteur de Gennevilliers (Haut-de-Seine), occupé depuis trois semaines.  "Ça va être un enseignement bas de gamme", craint une mère interrogée par France Info. 

"Une partie des élèves qui sont sacrifiés", peut-on entendre au collège Louis Pasteur de Gennevilliers qui sort du label Zep (reportage de Célia Quilleret)

Najat Vallaud-Belkacem dit comprendre cette colère, mais elle tient à la minimiser. Le ministère dit ne laisser tomber personne, car ces établissements pourront conserver certains moyens supplémentaires pendant trois ans. Les enseignants qui percevaient une prime vont la garder et les établissements devraient pouvoir conserver certaines heures supplémentaires qui leur permettent de diviser les classes ou de faire du soutien.
 
La peine est "atténuée pour les perdants de la réforme", si on peut dire, d’autant que Najat Vallaud-Belkacem présente en même temps que la réforme de l’éducation prioritaire, une autre réforme censée faire avaler la pilule. 

La réforme de l'allocation des moyens

Cette réforme est une nouvelle méthode de calcul des moyens donnés à chaque école ou collège. Jusqu'à présent, ces moyens dépendaient du nombre d'élèves inscrits. A partir de la rentrée prochaine, le ministère tiendra compte du revenu des familles et de la situation des quartiers. Un collège en zone rurale ou en zone urbaine sensible aurait donc plus de moyens qu'un collège de centre-ville et si ce collège accueille une majorité d'élèves boursiers, il aura encore plus de moyens. Des établissements qui sortent de l'éducation prioritaire pourraient donc prétendre à des moyens supplémentaires et c'est une forme de compensation.

Le ministère de l’Education cite en exemple l'académie de Lille : en septembre 2015, le nombre d'élèves va diminuer, 150 postes devraient donc être supprimés si la règle actuelle s'appliquait et finalement, avec cette réforme, 100 postes seront créés. Dans les écoles, ces moyens se traduisent concrètement en postes d'enseignants, dans les collèges il s'agit d'heures en plus pour les enseignants et les élèves, les cartes sont donc largement rebattues.
 
Pour Najat Vallaud-Belkacem, c'est une réforme très importante qui permettra d'ajuster les moyens de chaque école, chaque collège en fonction de ses besoins réels et une réforme de "justice sociale" qui devra corriger les inégalités.

Les avantages des nouveaux REP

Il y aura des établissements prioritaires dans toutes les académies et il y aura deux catégories : les REP +, les plus sensibles et les REP tout court. Dans tous les cas, cela signifie que les établissements ont du temps et des moyens en plus pour aider les élèves en difficulté, les enseignants ont par exemple des heures de décharge pour mener des projets, rencontrer les parents, faire du soutien et leur prime, qui est d'un peu plus de 1.000 euros aujourd'hui par an, sera augmentée et même doublée pour les enseignants de REP+.
 
L’objectif de cette réforme est d'arrêter le saupoudrage pour aider mieux ce qui en ont le plus besoin, et de réduire à moins de 10% les écarts de réussite entre les élèves de ZEP et les autres, aujourd'hui cet écart est de 20%.